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La donation au dernier vivant : tout comprendre

20 mai 2026

La donation au dernier vivant : un outil de protection du conjoint

La donation au dernier vivant — en réalité  « donation entre époux » selon le code civil — est un mécanisme juridique destiné à renforcer la protection du conjoint survivant lors du règlement d’une succession. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, il ne s’agit pas d’une donation « immédiate » : elle ne produit ses effets qu’au décès du donateur et porte exclusivement sur les biens qui composent son patrimoine à cette date.

Ce dispositif se distingue ainsi d’une donation classique par son caractère différé. Le conjoint ne reçoit rien du vivant du donateur, mais bénéficie, au moment du décès, de droits successoraux élargis par rapport au régime légal. Il s’agit d’un engagement réversible qui permet d’organiser la transmission du patrimoine tout en conservant une grande liberté d’évolution. Le cabinet DBO Avocats vous donne les clés pour tout comprendre sur la donation au dernier vivant. 

Pourquoi envisager une donation entre époux ?

Le régime légal de succession prévoit déjà une protection du conjoint survivant. Celle-ci peut toutefois se révéler insuffisante dans certaines situations concrètes, notamment lorsque le conjoint survivant a besoin de liquidités ou souhaite disposer librement de certains biens.

La donation au dernier vivant introduit une flexibilité supplémentaire. Elle permet au conjoint survivant de choisir, au moment du décès, l’option successorale la mieux adaptée à sa situation personnelle et financière. Cette liberté de choix contribue à limiter les tensions familiales potentielles et à adapter la répartition du patrimoine aux besoins réels du survivant.

🎯 En pratique — Adapter la succession à la réalité du moment

Le choix du conjoint survivant intervient au décès, lorsque la situation patrimoniale et familiale est connue. Il peut ainsi arbitrer entre sécurité financière immédiate et conservation du patrimoine.

Les options offertes au conjoint survivant

En présence d’enfants communs : respecter la réserve héréditaire

Lorsque le couple a des enfants, la donation au dernier vivant permet au conjoint survivant de choisir entre trois options, dans le respect de la réserve héréditaire des héritiers :

  • un quart de la succession en pleine propriété et les trois quarts en usufruit ;
  • la totalité de la succession en usufruit ;
  • la quotité disponible en pleine propriété.

La réserve héréditaire correspond à la part minimale de la succession qui revient obligatoirement aux enfants. Elle représente la moitié du patrimoine en présence d’un enfant, les deux tiers avec deux enfants et les trois quarts avec trois enfants ou plus.

La part restante constitue la quotité disponible, c’est-à-dire la portion du patrimoine qui peut être librement attribuée, notamment au conjoint survivant par le biais de la donation.

ℹ️ Bon à savoir — Usufruit et pleine propriété

L’usufruit donne le droit d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus (par exemple habiter un logement ou le louer), sans pouvoir le vendre seul. La vente nécessite l’accord du nu-propriétaire.

La pleine propriété réunit l’usufruit et la nue-propriété : elle permet d’utiliser le bien, d’en percevoir les revenus et d’en disposer librement.

Le choix entre ces deux options a des conséquences concrètes sur la gestion du patrimoine après le décès, notamment en matière de liquidités, de conservation des biens familiaux et de relations avec les autres héritiers.

L’acte notarié peut prévoir que le conjoint survivant conserve la liberté de choisir entre ces options ou, au contraire, limiter ce choix à une formule déterminée. Cette possibilité constitue un outil d’ajustement important pour tenir compte de la structure familiale.

⚠️ Point d’attention — Protection des enfants  

La donation au dernier vivant ne peut jamais priver les enfants de leur réserve héréditaire. En cas de dépassement, ils peuvent exercer une action en réduction, c’est-à-dire demander la diminution des droits accordés au conjoint afin de rétablir leur part minimale légale.

En présence d’enfants non communs : un équilibre à organiser 

Lorsque l’un des époux a des enfants issus d’une précédente union, le régime légal limite le conjoint survivant à un quart en pleine propriété. La donation entre époux permet alors d’améliorer sensiblement sa protection, en élargissant ses droits dans des limites compatibles avec la réserve des enfants.

🎯 En pratique — Familles recomposées  

Dans une famille recomposée, la donation au dernier vivant permet de préserver le conjoint survivant sans remettre en cause les droits fondamentaux des enfants issus d’une première union.

Sans enfant : une transmission facilitée

En l’absence d’enfant, la donation au dernier vivant permet de transmettre l’intégralité de la succession au conjoint survivant. Sans cette donation, la loi prévoit un partage avec les parents du défunt lorsqu’ils sont encore en vie.

Les parents conservent toutefois un droit de retour sur les biens qu’ils avaient donnés à leur enfant de son vivant. 

ℹ️ Bon à savoir — Le droit de retour

Le droit de retour permet aux parents de récupérer certains biens qu’ils avaient eux-mêmes transmis à leur enfant décédé, lorsque ces biens existent encore dans la succession. Ce mécanisme vise à préserver la circulation du patrimoine au sein de la famille d’origine.

Les démarches pour établir une donation au dernier vivant

Le passage obligatoire chez le notaire

La donation au dernier vivant ne peut pas être rédigée sous seing privé, elle doit impérativement être établie par acte notarié. L’intervention du notaire garantit la validité juridique de l’acte et l’information complète des époux sur ses conséquences patrimoniales.

Le notaire procède également à l’inscription de l’acte au Fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), sauf opposition expresse. Cette formalité facilite la recherche de la donation lors du règlement de la succession.

Le moment opportun

La donation entre époux peut être conclue à tout moment pendant le mariage. Elle peut également être prévue avant la célébration dans un contrat de mariage, sous réserve que l’union ait effectivement lieu.

Les époux ne sont pas tenus d’en informer leurs enfants ou leur entourage. Seul le conjoint doit être présent lors de la signature de l’acte notarié.

Le coût d’une donation au dernier vivant

L’établissement de la donation représente un coût forfaitaire d’environ 135 € TTC (tarif réglementé susceptible d’évolution) pour la rédaction de l’acte. Des frais supplémentaires peuvent être facturés pour l’inscription au fichier central.

ℹ️ Bon à savoir – Absence de taxation immédiate 

La signature d’une donation au dernier vivant n’entraîne aucun paiement de droits de donation. En outre, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession en l’état de la législation fiscale actuelle.

Fonctionnement et effets pratiques de la donation au dernier vivant

La donation au dernier vivant se distingue par sa grande souplesse d’utilisation.

Une donation librement révocable

Elle peut être révoquée à tout moment par le donateur, sans justification particulière. La révocation peut intervenir devant notaire ou par testament. Le conjoint n’a pas à être informé de cette décision. Cette liberté distingue la donation entre époux des donations classiques, généralement irrévocables, et permet d’adapter l’organisation successorale aux évolutions de la vie familiale.

Les effets du divorce sur la donation au dernier vivant 

Le divorce entraîne automatiquement la révocation de la donation, sauf volonté expresse de la maintenir. Cette règle évite qu’un avantage successoral subsiste involontairement au profit d’un ex-conjoint.

Les donations réciproques entre époux

Les époux peuvent se consentir des donations réciproques. Chaque conjoint établit alors sa propre donation au profit de l’autre, par acte notarié distinct. Cette solution permet d’assurer une protection équilibrée et s’avère particulièrement pertinente lorsque les époux souhaitent sécuriser mutuellement leur situation, notamment en présence de familles recomposées.

Les bénéficiaires possibles de la donation

Seuls les couples mariés peuvent établir une donation au dernier vivant. Les partenaires de PACS et les concubins doivent recourir à d’autres mécanismes juridiques pour organiser leur protection mutuelle.

Donation au dernier vivant et testament : deux outils complémentaires

Le testament et la donation au dernier vivant poursuivent des objectifs différents.

Le testament permet d’organiser la transmission de l’ensemble du patrimoine en exprimant des volontés précises sur la répartition des biens, dans le respect de la réserve héréditaire des enfants. Il peut concerner n’importe quel héritier ou bénéficiaire.

La donation au dernier vivant répond à une logique distincte : elle vise spécifiquement à renforcer la protection du conjoint survivant en lui laissant, au moment du décès, une marge de choix entre plusieurs options successorales.

En pratique, ces deux mécanismes peuvent être combinés. Le testament structure la transmission globale du patrimoine, tandis que la donation entre époux sécurise la situation du conjoint survivant. Leur articulation permet d’élaborer une stratégie successorale plus fine, adaptée à la composition familiale et aux objectifs patrimoniaux du couple.

La donation au dernier vivant constitue un instrument souple et accessible de planification successorale. Révocable, encadrée par acte notarié et adaptable à de nombreuses configurations familiales, elle permet de concilier protection du conjoint survivant et respect des droits des héritiers.

Son efficacité dépend toutefois de son intégration dans une stratégie patrimoniale cohérente. L’analyse d’une situation familiale, des équilibres successoraux et des objectifs du couple nécessite un regard juridique précis, afin d’anticiper les conséquences concrètes de chaque choix.

Une réflexion accompagnée permet d’élaborer des solutions sur mesure, adaptées aux enjeux patrimoniaux et à l’évolution des situations familiales.