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Pension alimentaire internationale : recouvrer les impayés à l’étranger

8 juillet 2026

Pension alimentaire internationale : comment recouvrer les impayés lorsque le débiteur vit à l’étranger ?

Lorsqu’un parent cesse de verser la pension alimentaire fixée par décision de justice et qu’il réside à l’étranger, la situation peut sembler bloquée. Les voies de recouvrement habituelles — saisie sur salaire, saisie bancaire par commissaire de justice — supposent en effet que le débiteur ait des actifs ou des revenus localisables en France. Dès lors que ce n’est pas le cas, il faut s’orienter vers des procédures spécifiques qui varient selon le pays de résidence du débiteur et les conventions applicables.

Le recouvrement d’une pension alimentaire internationale est possible dans la grande majorité des situations. Il repose sur un réseau de coopération entre autorités centrales nationales, encadré par des textes européens et internationaux dont l’articulation mérite d’être comprise avant d’engager toute démarche. 

Ce guide présente les étapes à suivre, les organismes à contacter et les recours disponibles pour les créanciers résidant en France.

Le titre exécutoire : un préalable indispensable au recouvrement de la pension alimentaire internationale

Quelle que soit la situation géographique du débiteur, aucune procédure de recouvrement forcé ne peut être engagée sans titre exécutoire. Ce document est la preuve que l’obligation alimentaire a été officiellement constatée et qu’elle est contraignante pour le débiteur.

Ce titre peut prendre plusieurs formes. Il peut s’agir d’une décision rendue par le juge aux affaires familiales (JAF) — jugement de divorce, ordonnance fixant les modalités de l’autorité parentale, décision de révision de la pension — ou d’un accord homologué par le juge.. Dans certains cas,  une convention de divorce par consentement mutuel déposée au rang des minutes d’un notaire peut également valoir titre : il faut s’assurer au préalable que ce mode de divorce non-judiciaire soit reconnu dans l’État d’exécution, et le cas échéant préférer une homologation judiciaire.

Si vous ne disposez pas encore d’un tel titre — parce que la pension n’a jamais été formellement fixée ou que l’accord entre les parties est resté informel — la première étape consiste à saisir le juge aux affaires familiales pour obtenir une décision. Sans ce document, les démarches décrites dans ce guide ne peuvent pas être engagées.

ℹ️ Bon à savoir : 

Si le débiteur a quitté la France mais y conserve des revenus ou des actifs — compte bancaire, bien immobilier, loyers — il reste possible de faire exécuter le titre en France directement, sans avoir à recourir à une procédure étrangère. Un commissaire de justice peut être mandaté pour engager des mesures d’exécution forcée sur ces actifs dès lors que le titre exécutoire est valable.

Le bureau RCA : l’interlocuteur central pour le recouvrement à l’étranger

En France, le bureau du Recouvrement des Créances Alimentaires (RCA), rattaché au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, est le point d’entrée pour toute demande de recouvrement d’une pension alimentaire impayée lorsque le débiteur réside à l’étranger. Il remplit le rôle d’autorité centrale au sens des conventions et règlements internationaux applicables.

Son fonctionnement repose sur un principe de coopération : le bureau RCA reçoit la demande du créancier qui réside en France, en vérifie la complétude, puis la transmet à l’autorité centrale compétente dans le pays de résidence du débiteur. Celle-ci est alors chargée d’y donner suite selon le droit local. Le bureau RCA peut également recevoir des demandes de créanciers étrangers cherchant à recouvrer une pension auprès d’un débiteur établi en France.

Le recours à un avocat n’est pas obligatoire pour saisir le bureau RCA, mais il est recommandé pour s’assurer que le dossier est complet et que la stratégie adoptée est adaptée à la situation. Si vos ressources ne vous permettent pas de financer cette assistance, vous pouvez solliciter l’aide juridictionnelle auprès du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de votre ressort.

Le dossier à constituer comprend notamment : 

  • une lettre exposant l’objet de la demande avec l’identité des parties et le décompte précis des sommes impayées ;
  • une copie du titre exécutoire ;
  • les actes d’état civil ;
  • une procuration autorisant le bureau à agir en votre nom ;
  • le cas échéant, la décision d’aide juridictionnelle. 

Il est conseillé de prendre contact avec le bureau RCA en amont pour s’assurer qu’aucune pièce ne manque avant l’envoi.

🎯 En pratique : 

Si l’adresse du débiteur ou celle de ses employeurs est inconnue, le bureau RCA peut entreprendre des recherches en collaboration avec les autorités du pays concerné. Cette faculté est expressément prévue par les textes internationaux en vigueur et constitue l’un des apports concrets de la coopération entre autorités centrales.

Le cadre juridique applicable selon la situation géographique

Les règles de recouvrement varient significativement selon que le débiteur réside dans un État membre de l’Union européenne, dans un pays lié à la France par une convention internationale, ou dans un État sans accord particulier.

Au sein de l’Union européenne, le cadre de référence est le règlement (CE) n° 4/2009 du 18 décembre 2008 relatif aux obligations alimentaires. Ce texte constitue une avancée majeure pour les créanciers intra-européens : il organise la compétence des juridictions, la loi applicable, la reconnaissance et l’exécution des décisions rendues dans les États membres, et la coopération entre autorités centrales. Dans la grande majorité des cas, les décisions rendues dans un État membre sont reconnues et exécutées directement dans un autre État membre, sans nécessité d’une procédure d’exequatur préalable. Cela simplifie et accélère considérablement les démarches pour les créanciers dont le débiteur s’est installé dans un autre pays de l’Union.

Hors Union européenne, deux conventions internationales peuvent s’appliquer. 

La Convention de New York du 20 juin 1956 sur le recouvrement des aliments à l’étranger organise une coopération entre États signataires pour faciliter les démarches transfrontalières. 

La Convention de La Haye du 23 novembre 2007 sur le recouvrement international des aliments pour enfants et d’autres membres de la famille modernise et complète ce dispositif : elle prévoit notamment des formulaires standardisés, des délais de traitement encadrés et des obligations de coopération renforcées entre autorités centrales. 

Ces conventions couvrent un nombre important d’États non membres de l’UE, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Ukraine ou la Norvège.

Il convient de vérifier, pour chaque situation, si le pays de résidence du débiteur est signataire de l’une ou l’autre de ces conventions. En l’absence de tout accord applicable, le recouvrement devient substantiellement plus complexe et nécessite en général une procédure judiciaire locale dans le pays du débiteur, avec l’assistance d’un correspondant sur place.

Recouvrement amiable et recouvrement forcé : deux approches complémentaires

Dans un contexte transfrontalier comme dans un contexte purement national, il est utile de distinguer ces deux voies avant d’engager des démarches.

  • Le recouvrement amiable 

Il consiste à obtenir le paiement des sommes dues sans recourir à une procédure d’exécution forcée. Il peut prendre la forme d’une mise en demeure adressée au débiteur, d’une négociation entre les parties assistées de leurs avocats, ou encore d’une médiation familiale permettant de trouver un accord sur les modalités de régularisation des arriérés. 

Cette voie est souvent plus rapide et moins coûteuse, mais elle suppose que le débiteur soit de bonne volonté et que ses coordonnées soient connues. 

Dans les situations transfrontalières, elle se heurte fréquemment à des difficultés pratiques liées à l’éloignement et, parfois, à une volonté délibérée d’échapper aux obligations alimentaires.

  • Le recouvrement forcé

Lorsque le recouvrement amiable échoue ou n’est pas envisageable, la voie judiciaire et forcée prend le relais. Elle passe par la transmission du dossier au bureau RCA, qui le transmet à l’autorité centrale étrangère compétente. Cette dernière met alors en œuvre les mesures d’exécution disponibles selon le droit local : saisie sur salaire, blocage de comptes bancaires, saisie de biens. 

Certains pays disposent de mécanismes administratifs particulièrement efficaces. C’est le cas de la Suisse qui permet, dans certaines situations, des saisies sur salaire directement auprès de l’employeur sans procédure judiciaire supplémentaire.

L’Aripa et les dispositifs de soutien disponibles en France

En France, l’Agence de Recouvrement et d’Intermédiation des Pensions Alimentaires (Aripa), gérée conjointement par les Caisses d’Allocations Familiales (CAF) et les Caisses de Mutualité Sociale Agricole (MSA), apporte un soutien aux créanciers confrontés à des impayés. 

Son action est principalement orientée vers les situations nationales, mais elle peut intervenir utilement dans les situations transfrontalières :

  • Elle peut d’abord verser une allocation de soutien familial (ASF) aux parents créanciers qui ne perçoivent pas tout ou partie de la pension alimentaire due, sous conditions de ressources. 
  • Elle peut également engager des démarches de recouvrement amiable auprès du débiteur, y compris lorsque celui-ci réside à l’étranger, dans les limites de ses compétences. 
  • Elle joue enfin un rôle d’orientation, en aidant le créancier à identifier les démarches appropriées selon sa situation.

Il est recommandé de prendre contact avec la CAF dont vous dépendez pour connaître précisément les conditions d’intervention de l’Aripa dans votre dossier, notamment si le débiteur réside dans un pays avec lequel la France entretient des relations de coopération en matière alimentaire.

Les conséquences juridiques pour le débiteur de la pension alimentaire internationale

Le non-paiement d’une pension alimentaire n’est pas sans conséquences pour le débiteur, y compris lorsqu’il réside hors de France.

Sur le plan pénal, le fait de ne pas exécuter une décision judiciaire imposant le versement d’une pension, d’une contribution ou de subsides au profit d’un enfant mineur, d’un descendant, d’un ascendant ou du conjoint, en demeurant plus de deux mois sans s’en acquitter intégralement, constitue le délit d’abandon de famille, prévu et réprimé par l’article 227-3 du Code pénal. 

Ce délit est puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Lorsque le débiteur est introuvable ou refuse délibérément de s’exécuter, il est possible de porter plainte auprès du procureur de la République. Cette voie pénale peut s’avérer utile pour contraindre le débiteur à régulariser sa situation, notamment s’il est amené à revenir en France ou s’il y conserve des intérêts.

Sur le plan civil, dans les pays liés à la France par un règlement européen ou une convention internationale, le débiteur s’expose aux mesures d’exécution forcée prévues par le droit local : saisie sur salaire, blocage de comptes, saisie de biens immobiliers ou mobiliers. La coopération entre autorités centrales permet, dans de nombreux cas, d’identifier les ressources et la localisation exacte du débiteur, même lorsqu’il a cherché à les dissimuler.

⚠️ Point d’attention : 

L’article 227-3 du Code pénal a été modifié par la loi du 23 décembre 2021 (entrée en vigueur le 1er mars 2022) pour intégrer les situations d’intermédiation financière des pensions alimentaires. Le débiteur qui ne s’acquitte pas des sommes dues entre les mains de l’organisme assurant l’intermédiation est désormais passible des mêmes peines.

L’accompagnement d’un avocat en droit de la famille internationale

Si le recours à un avocat n’est pas obligatoire pour saisir le bureau RCA, il devient souvent nécessaire dès lors que la situation présente une certaine complexité : débiteur résidant dans un pays sans convention avec la France, contestation du titre exécutoire, demande de modification du montant de la pension, ou procédure pénale pour abandon de famille.

Un avocat intervenant en droit de la famille internationale est en mesure d’analyser le cadre juridique applicable selon le pays concerné, de constituer un dossier solide pour les autorités françaises et étrangères, de coordonner les démarches avec des correspondants locaux et, si nécessaire, d’engager une procédure judiciaire en France ou à l’étranger (par l’intermédiaire d’un avocat local). Dans les situations où le débiteur a organisé son insolvabilité ou tente de dissimuler ses revenus, cette coordination est souvent déterminante pour débloquer le dossier.

Le recouvrement d’une pension alimentaire internationale est une démarche plus structurée qu’il n’y paraît de prime abord. Elle suppose de maîtriser le cadre applicable selon le pays concerné, de constituer un dossier complet auprès des autorités françaises et de mobiliser les bons interlocuteurs — bureau RCA, autorité centrale étrangère, Aripa — dans le bon ordre.

La complexité de ces situations ne doit pas décourager les créanciers. Les dispositifs de coopération internationale existants permettent, dans la majorité des cas impliquant un pays signataire d’une convention ou membre de l’Union européenne, d’obtenir un recouvrement effectif des sommes dues. La clé réside dans la préparation du dossier et la connaissance des procédures applicables à la situation géographique précise du débiteur.

Questions fréquentes

Que faire si le débiteur de la pension alimentaire vit à l’étranger ?

La première étape est de vérifier que vous disposez d’un titre exécutoire valable qui fixe la pension. Si c’est le cas, vous pouvez saisir le bureau du Recouvrement des Créances Alimentaires (RCA), rattaché au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui transmettra votre dossier à l’autorité centrale compétente dans le pays de résidence du débiteur. Contactez également votre CAF pour connaître vos droits à l’allocation de soutien familial.

Le règlement européen 4/2009 facilite-t-il vraiment les démarches ? 

Oui, significativement pour les situations intra-européennes. Ce règlement permet dans la grande majorité des cas la reconnaissance automatique de la décision française dans l’État membre où réside le débiteur, sans procédure d’exequatur. L’exécution forcée peut alors être engagée directement via l’autorité centrale de cet État, selon les règles locales.

Peut-on porter plainte pour abandon de famille si le débiteur vit à l’étranger ? 

Oui. Le délit d’abandon de famille prévu par l’article 227-3 du Code pénal s’applique dès lors que le débiteur ne s’est pas acquitté intégralement de son obligation pendant plus de deux mois, qu’il réside en France ou à l’étranger. La plainte est déposée auprès du procureur de la République. Cette voie pénale est particulièrement utile si le débiteur est susceptible de revenir en France ou s’il y conserve des intérêts.

Que se passe-t-il si le débiteur réside dans un pays sans convention avec la France ?

La situation est plus complexe. En l’absence de règlement européen ou de convention internationale applicable, le recouvrement nécessite en général d’engager une procédure judiciaire locale dans le pays du débiteur pour y faire reconnaître et exécuter la décision française. Cette démarche implique l’intervention d’un avocat établi dans ce pays, en coordination avec un conseil en France.